L'arrière-saison reste douce et le pêcheur n'a pas encore rangé sa barque pour l'hiver. Elle a juste été tirée au sec dans l'herbe en attendant la prochaine sortie qui, n'en doutons pas est imminente.
En effet, il sait que là-bas, à l'ombre d'un fourré, dans un trou d'eau, à l'abri dans l'enchevêtrement des racines, une belle pièce l'attend. Depuis des mois, elle le provoque, le nargue, se joue de lui jusqu'à le perturber. Ou il ferre trop tôt et l'appât est perdu, ou il est trop tard et il est obligé de changer son bas de ligne, l'autre étant resté entortillé dans une souche immergée. Parfois même l'animal s'approche nonchalamment du bateau, laisse entrevoir son dos musclé à proximité du flotteur, ride la surface de l'eau puis disparaît. Il s'est promis d'en venir à bout, il y va de son honneur... et de son sommeil ! Jamais il n'a été mis en échec aussi longtemps par un poisson aussi diabolique. C'est devenu la grande affaire de sa carrière de pêcheur.
Petite aquarelle démo, environ 12 cm x 22 cm hors cadre, papier Montval, 300 g, grain fin.