Meuse
Il est un vieux, peut-être très vieux chemin que j'emprunte souvent et j'utiliserais volontiers le néologisme homophone "d'empreinter" tellement mes chaussures s'en souviennent. Il longe la rivière Meuse qui s'amuse à jouer à cache-cache avec lui. Quand elle est calme et tranquille, elle s'écoule et s'étire grassement, paresseusement entre les pâturages et offre généreusement son eau au bétail, ses poissons aux hérons et pêcheurs, ses baignades aux enfants et aux chiens. C'est ainsi que je la préfère, fraîche, étincelante, joueuse, accueillante.
Quand elle est colère, elle sort de son lit, roule et reprend son territoire, submerge son domaine. Une année, alors qu'elle était particulièrement fâchée, elle a même inondé le chemin. On fait alors prudemment demi-tour, se disant qu'on reviendra plus tard une fois la crise terminée. Pas la peine d'essayer de la contrer, on y risque sa peau. Même les vaches le savent. Elles se regroupent alors peureusement sur les hauteurs et attendent qu'elle se calme ou qu'on les emmène ailleurs.